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« Sous le soleil de Minuit : Corto Maltese y es tu?»


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Une fois n’est pas coutume, je prends la plume pour une critique / chronique BD, un domaine dans lequel je ne me suis jamais aventuré car je sais à quelle point il est difficile de créer. Je suis donc fondamentalement admiratif de ceux qui créent qui osent …J’espère donc que mes remarques et mes critiques seront comprises comme un encouragement plus que comme un jugement définitif.

 

En ouvrant le dernier opus de Corto Maltese ; le premier du genre par Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero, je suis d’abord ravi (et plus que ça) de retrouver mon marin préféré. Passionné par l’univers de Hugo Pratt de longue date (Ugo Pratt), je ne suis pas contre l’idée d’une suite aux aventures de Corto Maltese. Et je sais qu’il faut envisager celle-ci sous l’angle de la nouveauté, d’une œuvre qui s’inscrit dans une continuité, tout en évitant une comparaison stricte avec l’œuvre de Pratt. En effet, cela n’aurait pas de sens. On ne peut imiter le maitre et son style si particulier. Pratt avait sa personnalité qui se reflétait dans son univers. L’un n’existait pas sans l’autre. Retrouver le marin perdu de vue dans de nouvelles aventures, réveille aujourd’hui mon intérêt pour la BD, (un peu endormi ces dernières années je dois l’avouer), et qui plus est animé par des gens de talents comme Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero.

Tous les ingrédients réunis

En résumé, tous les ingrédients sont réunis dans ce nouveau Corto. Des pays lointains et exotiques, un voyage, des rencontres, un contexte politique intéressant à découvrir pour le lecteur, une quête, ou plus précisément une mission à accomplir qui structure le récit, sans oublié de beaux salauds sans qui une histoire ne vaut pas la peine d’être racontée. Graphiquement, la version noir et blanc, est un bel hommage au trait de Pratt et une parfaite réussite. On s’y retrouve sans problème. Je serais plus réservé sur la version colorisée mais j’ai ce problème avec la plupart des éditions couleurs. Et si on est loin de l’œuvre original, le treizième opus de Corto est loin d’être une mauvaise BD, en tout cas selon moi, elle se place bien au dessus de la production actuelle.

Parmi les bémols, on notera quelques imprécisions dans les dialogues qui malheureusement manquent de force et de justesse à certains passages. La langue espagnole (originale ?) à  sans doute ce petit quelque chose qui l’a fait sans doute sonner plus fort et plus juste. Les expressions traduites  en Français sont trop neutre. Un problème de traduction ? (p48 ex Je le crois (Yo lo creo) que j’aurais traduit par un je te crois). Parfois le lettrage change de taille. Des petits détails infimes certes, mais qui comptent et qui font perdre en précision et en force un récit qui prend pourtant parfaitement son envol dans sa partie balade perdue dans le grand Nord.

Quelques faiblesses du côté des dialogues

Autre bémol dans les textes, à certains moments, Corto ou d’autres personnages se retrouve donneur de leçon de façon un peu trop explicite à mon goût. Dans mon souvenir, chez Pratt, les choses étaient le plus souvent sous-entendues, non dites, dessinées ou plutôt esquissées. Certains dialogues gagneraient à être raccourci (p 60 : « quelle tâche ingrate » – not necessary, p74 « Il nous reste 4 jours de vivres .C’est une terre dure et implacable »  …c’est trop) Parfois il faut mieux se taire. D’ailleurs, on sent que certains dialogues ont été ajoutés pour être certain que le lecteur comprenne tout. C’est pour moi un aveu que la construction et l’enchainement des cases et des pages est moins fort que l’original. Chez Pratt, les choses s’imposaient avec force. L’histoire s’imposait au lecteur sans avoir besoin que les dialogues vous prennent par la main pour vous emmener à la case suivante.

A noter une autre petite faiblesse; on a en effet un peu l’impression de retrouver la force du personnage de Corto Maltese sous les traits de l’Irlandais (p58). Celui-ci apparait comme un acteur de l’histoire (avec un petit h) alors que Corto est cantonné à un rôle très en retrait, d’ailleurs l’épisode du bateau où Corto Maltese reprend la main est un peu surprenant.

Enfin une dernière chose importante me manque dans cet album: l’humour d’Hugo Pratt. Et cela va, j’en suis conscient à l’encontre de mon introduction qui recommandait de ne pas comparer à l’œuvre du maitre. Mais difficile d’aller contre ce sentiment. Et au delà des insuffisances et des critiques, je dois avouer que j’attends avec impatience le prochain album de Corto Maltese.  Et j’espère que les auteurs prendront (auront ?) encore plus de liberté avec le personnage pour lui redonner vie.

Le plus

Le graphisme une vraie réussite

Les moins

La densité du récit pas à la hauteur du maitre

Le passage éclair de Raspoutine qui tombe un peu à plat

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